Coffres à butin, packs surprise, caisses à ouvrir contre paiement… les loot boxes font partie du quotidien de millions de joueurs. Sont-elles pour autant des jeux d’argent déguisés ? La réponse française est nuancée — et elle diverge sensiblement de celle retenue par certains voisins européens.

Une analyse au cas par cas

Une loot box permet au joueur d’acquérir, contre paiement, un contenu numérique aléatoire dont la nature n’est révélée qu’après l’achat. Le gouvernement français l’a lui-même reconnu : il n’existe pas de réponse unique, chaque mécanisme doit être évalué individuellement au regard des quatre critères du jeu d’argent (offre au public, hasard, sacrifice financier, espérance de gain).

Le fait que la loot box s’insère dans un jeu par ailleurs fondé sur l’habileté — typiquement un mode « Ultimate Team » dans un jeu de football — n’y change rien : la loi vise aussi les jeux qui reposent sur le savoir-faire du joueur, dès lors qu’une part de hasard détermine le gain.

Le critère décisif : peut-on transformer l’objet en argent ?

En pratique, tout se joue sur l’espérance de gain, qui doit s’entendre au sens patrimonial. Si l’objet virtuel obtenu ne peut être ni revendu contre une somme d’argent ni échangé sur un marché reconnu par l’éditeur, la loot box échappe à la qualification de jeu d’argent — même si son obtention reste soumise au hasard et à un paiement. C’est l’absence de valeur monétaire extractible, et non l’absence de hasard, qui neutralise la qualification.

Une approche plus sévère ailleurs en Europe

La Belgique a jugé, dès 2018, que les coffres de plusieurs jeux à succès (FIFA Ultimate Team, caisses d’Overwatch, skins de Counter-Strike) constituaient des jeux de hasard, ce qui a poussé plusieurs éditeurs à retirer ces mécanismes du marché belge. Les Pays-Bas sont arrivés à une conclusion proche. Le Parlement européen, de son côté, a demandé en novembre 2025 l’interdiction des loot boxes payantes pour les mineurs dans le cadre du futur Digital Fairness Act — un signal fort d’une évolution possible, y compris en France, dans les années à venir.

Pour un éditeur ou un studio qui envisage d’intégrer un mécanisme de coffre à butin, la prudence commande donc une analyse au cas par cas avant le lancement, plutôt qu’un simple alignement sur ce qui se pratique ailleurs sur le marché : la qualification dépend étroitement des modalités précises de revente ou d’échange des objets obtenus, qui varient d’un jeu à l’autre et parfois d’une mise à jour à l’autre.

À retenir

Pas de règle automatique : chaque mécanisme de loot box s’analyse au cas par cas.

Le point clé : l’objet obtenu est-il revendable contre de l’argent réel ?

La présence d’habileté dans le jeu n’exclut pas la qualification de jeu de hasard.

Une évolution européenne (Digital Fairness Act) pourrait durcir les règles pour les mineurs.

Sacha Bettach – Avocat au Barreau de Paris